C’est désormais une certitude. Il n’y a plus une mais des oppositions dans la municipalité de Trois-Bassins. Deux ans après son arrivée au pouvoir, l’union de gauche de Roland Ramakistin est en train de voler en éclats. Les prémices d’une rupture étaient apparues lors du dernier conseil, reporté faute de quorum. Confirmation, hier soir, lors d’une séance particulièrement animée, où le maire a dû à nouveau essuyer la fronde de plusieurs élus de son camp, et pas des moindres : Hubert Villedieu, deuxième adjoint, les socialistes Fabien Aure (n°4) et Pierre Bourgogne. À l’origine du malaise : encore et toujours la politique foncière. Précisément, l’autorisation accordée à l’Établissement public foncier de la réunion (EPFR) de préempter une grande partie des hauts du territoire. “La commune n’a pas les moyens d’acheter seule des terrains. Le recours à l’EPFR s’impose. Dire non, c’est faire courir un risque terrible à notre commune : celui de l’asphyxie et de l’immobilisme”, a défendu Roland Ramakistin.
“La politique de la peur”
Les socialistes ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ont accusé le maire de volte-face, rappelant qu’il avait fait campagne contre la préemption. “Arrêtez avec la politique de la peur”, a sèchement rétorqué Fabien Aure. “Accorder un chèque en blanc à l’EPFR c’est empêcher les jeunes de construire à Trois-Bassins”, a enchaîné son collègue Pierre Bourgogne. C’est ensuite Hubert Villedieu, deuxième adjoint chargé de l’urbanisme, et Maryse Florestan, qui ont ouvertement critiqué l’orientation de leur maire, redoutant des expropriations à tout va. “On fait comment si vous êtes battu en 2014”, a lâché le premier. “Les propriétaires sont inquiets, les élus en subissent les pressions”, a fait remarquer la seconde. Sautant sur cette zizanie, l’opposition de droite, emmenée par Pierre Heideger, a exigé que l’affaire du droit de préemption fasse l’objet d’un vote à bulletin secret. Avec l’espoir que le maire soit déjugé par son propre camp. Le couperet n’est pas passé loin pour Roland Ramakistin. 14 voix contre 12 ont autorisé le conseil à modifier l’exercice du droit de préemption en faveur de l’EPFR. Signe que tous les membres de la majorité n’ont pas suivi leur maire.
Pas de hausse des impôts
Sur le budget 2010, l’opposition a évidemment trouvé à redire. “Tout est en recul dans ce budget. Pas de volontarisme, rien pour l’aide social, tout pour la fête. On va dans le mur”, a fustigé Pierre Heideger. Tandis que Victor Mnémonide a souligné qu’il fallait “remonter à huit ans pour retrouver un budget aussi bas”. 12,7 millions d’euros en l’occurrence, dont seulement 3,7 millions d’investissement. Les impôts n’augmentent pas. Mais les “grandes” opérations de la municipalité se résument cette année à la réhabilitation de l’école des Benjoins (un million d’euros), à la rénovation du chemin Hibon (800 000 euros de travaux), et à l’aménagement de l’espace boulodrome (240 000 euros). Plutôt maigre, effectivement. “C’est la crise”, justifie Roland Ramakistin. Crise qui risque de ne pas épargner les rangs de la majorité, au rythme où vont les choses. Certains adjoints confiaient hier soir qu’ils s’attendaient à se faire “virer” après leurs prises de position frontales. Bonjour l’ambiance
V.B.